American Vampire tome 1 – Sang Neuf

Ce mois ci, Urban Comics s’attaque à un sacré morceau de Vertigo avec la publication de la série American Vampire de Scott Snyder. Une grosse opération puisque les 3 premiers volumes sortent en même temps (Panini avait déjà entrepris la publication en s’arrêtant au deuxième tome). Afin d’attirer le lecteur, le premier tome est disponible à 10€ (contre 15 pour les suivants) jusqu’au 31 décembre 2013. Un prix très attractif pour qui veut découvrir la série tant acclamée et récompensée. C’est sur ce premier tome que je me penche avec, je dois l’avouer, une pointe de déception et un constat mitigé.

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« Amérique, fin du XIXe siècle. Le bandit Skinner Sweet est freiné dans sa tentative d’évasion par un vampire venu d’Europe. Laissé pour mort, il revient à la vie et découvre qu’en plus d’être l’un d’entre eux, il est aussi la plus puissante, la plus rapide et la plus redoutable des créatures de la nuit. Plus d’un siècle plus tard, à Los Angeles, il contamine à son tour la jeune Pearl Jones afin d’en faire le second vampire d’une nouvelle espèce sur le continent, capable de marcher sous le soleil. »

American Vampire est un univers crée de toute pièce par Scott Snyder, aidé en partie par le grand Stephen King et mis en image par Rafael Albuquerque. Le récit est séparé en deux parties d’importances égales mais chronologiquement bien distinctes. La première nous présente Pearl Jones, jeune actrice montante du cinéma dans les années 1920. La deuxième narre les pérégrinations de James Books, enquêteur, et de son équipe dans les années 1880. Ces deux périodes sont liées par un personnage, Skinner Sweet. Bandit de grands chemins, il sera involontairement transformé en vampire d’une nouvelle race, plus moderne, plus adaptée, plus pratique. Il est le premier vampire américain.

En effet, American Vampire n’est autre que la théorie de l’évolution appliquée aux vampires. Une évolution marquée par l’opposition entre les vampires « traditionnels » venus d’Europe et Skinner Sweet. Concrètement, cela se traduit par la possibilité de se déplacer librement sous le soleil, ou encore l’invulnérabilité aux méthodes classiques d’élimination (pieux en bois, eau bénite et toute la panoplie du « petit Van Helsing »). Une opposition retranscrite jusque dans les dessins et le design des personnages. D’un côté, le petit consortium de vieux vampires aigris et réactionnaires complotant dans l’ombre et de l’autre, le jeune cadet de l’évolution, déambulant en caleçon en plein après-midi, affichant une attitude décontractée au bord du je-m’en-foutisme.

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La série affiche un casting All-Star pour une histoire censée prendre le contre-pied des productions vampiriques modernes (souvent réduites à Twilight et True Blood). Un pseudo-retour aux sources opéré par Snyder. A ce titre, on à droit à une magnifique préface ou Stephen King joue le vendeur de cravates en vantant le scénario parfait du génial Scott Snyder.
Puisqu’il faut faire l’opposé de Twilight, tout est prétexte à montrer la méchanceté et la violence des vampires : têtes de communistes chauves, allemands sadiques, sans parler de l’exagération des attitudes vampiriques à proprement parler, assez lourdes et irréalistes et, au final, assez éloignées de l’imagerie visuelle classique des vampires. N’oublions pas que le vampire n’est pas, à la base, un monstre assoiffé de sang, il suffit de relire Dracula pour s’en rendre compte. A croire que pour moderniser le mythe, il faille accentuer le côté bestial. Mais non, le compte Dracula était un homme élégant, raffiné et cultivé, vivant dans un château. Au final, la démarche de Snyder, bien que louable, ne diffère pas de celle Stephenie Meyer. Snyder nous livre sa version du vampire, une version interprétative et subjective, bien différente de celle de Stocker, encore différent du vampire de  J.W. Polidori ou de Théophile Gautier. Exagérer la violence et le côté guerrier des vampires est finalement une tendance très à la mode aujourd’hui.

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Le cousin européen d’Oswald Cobblepot?

N’allez cependant pas croire que je déteste ce brave imposteur de Scott Snyder. Il n’est pas totalement dénué de talent et ce premier tome n’est qu’une grosse introduction à un univers que l’on sent infiniment plus vaste et développé par la suite. Le statut vampirique de Skinner permet une grande liberté de cadre temporel, sorte de Lestat de Lioncourt déambulant à travers le 20ème siècle. Bien que très introductif, le récit est assez dense et complexe et impose presque une deuxième lecture. De plus, la fin n’apportant pas vraiment de conclusion, force est de constater que l’achat quasi-immédiat du tome 2 est inévitable pour peu que l’on ait accroché à l’univers.
Néanmoins, la force du récit est majoritairement  due au talent de Stephen King (selon moi). En effet, celui-ci écrit toute la partie se déroulant en 1880 (et développant les origines de Skinner) tandis que Snyder écrit la partie plus moderne des années 1920. Les personnages de King sont plus travaillés, intéressants et attachant que la jeune sainte-nitouche d’actrice et son copain Christophe Maé (un jeune et beau guitariste qui vagabonde de trains en trains) de Snyder. On notera d’ailleurs que la partie de King se rapproche plus d’une histoire traditionnelle de Vendetta à la sauce western que d’une réelle histoire de vampires.

Un mot enfin sur la partie graphique. Le seul point que je pourrais reprocher aux dessins d’Albuquerque est cette exagération du côté bestial du vampire américain, bardé de longues griffes et d’une mâchoire disproportionnée. Albuquerque avouera d’ailleurs s’être inspiré des designs d’Alien et de Predator pour ses vampires. Ceci mis à part, ses planches installe une véritable ambiance malsaine par moments, la violence étant très présente, et les personnages possèdent tous une forte identité visuelle.

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American Vampire : Sang Neuf est une bonne lecture pour qui souhaite investir dans la suite, le prix étant très attractif. En tant que tel, ce premier tome reste néanmoins très introductif, peu développé, et assez décevant pour qui s’attend à une réelle histoire de vampires (on lui préfèrera un Criminal Macabre de Steve Niles, variation plus fine et intelligente sur le thème de l’évolution du monstre). Sang neuf se paie même le luxe de quelques facilités scénaristiques. Faudrait pas pousser le bouchon trop loin, Maurice. Au niveau éditorial, Urban fait un boulot complet en proposant les couvertures alternatives et les dessins préparatoires d’Albuquerque. 

DevilPoulet

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Une réflexion au sujet de « American Vampire tome 1 – Sang Neuf »

  1. J’avais lu le premier tome en version Panini, et je dois dire que j’avais été moi aussi déçu.
    Déjà, je suis pas fan de vampires à la base (disons surtout que je m’en fous qu’il y ait des vampires ou pas, du moment que l’histoire est bonne). Et là je n’ai rien trouvé de très intéressant. Et je dois dire que j’ai été particulièrement rebuté par le look dégueulasse et un peu nul des vampires américains d’Albuquerque. Je trouve cette tendance de l’exagération des mâchoires de vampires (je crois qu’il y avait ça aussi dans I,Vampire) particulièrement moche et ridicule…
    Même la partie de Stephen King ne m’avais pas plu plus que ça, je l’avais trouvé pataude dans sa narration et le personnage du vampire accro aux bonbons assez insupportable.
    Bref, je laisse cette série aux amateurs (qui ont l’air nombreux). Peut être que ça s’améliore par la suite ?
    En tout cas, je suis heureux de voir que je ne suis pas le seul à avoir été un peu déçu par ce tome.

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