Des influences très 80’s pour Iron Man 3

Centré sur des armures de guerre high-tech et la régénération de cellules dans le but de créer des supers humains, Iron Man 3 est a priori un film plutôt futuriste. Pourtant – à l’instar des récentes incursions cinématographiques Marvel – il développe une grammaire et un jeu de références inhérents aux années 1980 et à ses productions. Retour sur 5 influences – partiales et non exhaustives, forcément – permettant de comprendre un peu mieux le film de Shane Black. 

Iron Man 3, ou une certaine idée du cinéma des années 80

Iron Man 3, ou une certaine idée du cinéma des années 80

  • Kiss Kiss, Bang Bang : On triche un peu pour commencer, ce film étant sorti en 2005 ce qui, les plus férus de mathématiques d’entre vous l’auront remarqué, n’en fait pas un film des années 80. Pourtant, les points communs sont évidents : on retrouve dans l’un comme dans l’autre, Shane Black au scénario et à la réalisation et Robert Downey Jr dans deux déclinaisons de son registre favori : celui d’Irony Man, ce type jamais vraiment dépassé par les événements, sympathique et à la limite du je-m’en-foutisme. Plus encore, les deux films obéissent à une même grammaire : la voix-off loufoque qui entame le film pour mieux revenir à zéro étant un bon exemple. Kiss Kiss Bang Bang déjà, transpirait les années 80 à plein nez, Black affinant une formule qu’il avait inventé et qui n’a, by the way, cessé de faire des émules depuis (parlez-en à Tarantino). Bardé de millions de dollars (ça aide), Black nous refait avec Iron Man 3 le coup de l’actioner (du nobrainer ?) old school et impose à ce titre un style, entre l’efficacité d’un Richard Donner à la grande époque (ça tombe bien) et la beauferie d’un Tony Scott. Plus généralement, on peut parler d’une réelle mouvance 80’s concernant l’univers cinématographique Marvel. Alors que la trilogie Batman de Christopher Nolan place délibérément son personnage dans une Amérique post-11 septembre pour aboutir avec un troisième volet à la structure narrative éclatée (un cousin capé de Magnolia ?) et dont le Batman à proprement parler est quasiment absent, les ambitions de la Maison des Idées semblent être plus humbles, sinon différentes : délivrer le pop-corn movie ultime, faire des films aux problématiques simples (ce qui ne veut pas dire simplistes) et accessibles, en gardant toujours dans le rétro l’idée de grand spectacle et de cette idée très hollywoodienne d’entertainment. Leur rencontre avec Shane Black n’était donc qu’une question de temps.
  •  L’arme fatale : Une référence à priori un peu facile, compte tenu de son historique (Shane Black a scénarisé les deux premiers épisodes de la saga), mais suffisamment voyante pour qu’on doive en parler. Cette influence est surtout notable parce qu’elle impose un réel changement de dynamique du scénario : alors qu’il fonctionnait seul ou avec Pepper Potts (qui, pour le coup, est ici acoquinée à Maya Hansen) dans les deux premiers épisodes, Tony Stark roule ici avec son vieux pote de toujours, James Rhodes. Déjà présent dans les deux premiers épisodes, celui-ci gagne néanmoins réellement en épaisseur, et ce en partie grâce à l’interprétation de Don Cheadle, dont l’alchimie avec Downey Jr est impeccable. Les deux hommes combattent ensemble mais Black truffe également son scénario de moments plus en creux, centrés sur la relation avec les deux hommes. Homme meurtri qui doute, Stark (comme le veuf Riggs dans le premier film), pourra trouver un allié en la personne du solide Rhodes (ou Murtaugh, donc), qui comme Murtaugh, est un représentant de la loi (l’un est militaire et l’autre est policier).
1993-2013/Last Action Hero-Iron Man 3 : l’action, c’est mieux à deux (et de préférence avec un gamin tête à claques)

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  • Rocky 4 : A priori, pas la plus voyante des influences du film, et contrairement aux deux autres, la référence à celui-ci est peut être fortuite. On s’en serait néanmoins voulu de ne pas citer Rocky 4, car il est un véritable monument (pour le meilleur comme pour le pire) de ce que les années Reagan ont pu offrir en termes de production cinématographique. Petit rappel pour les non-initiés : après avoir battu, rien que ça, Carl Weathers et Mister T, Rocky va devoir affronter un méchant russe qui a tué son meilleur pote. Et tout ça sur fond de Living in America, chanté par James Brown. Si, si, rien que ça. Si Iron Man 3 rappelle Rocky 4, c’est moins par son élément déclencheur (Tony Stark refuse de combattre le Mandarin avant que son pote Happy Hogan ne tombe dans le coma, tout comme Rocky Balboa refuse de combattre Ivan Drago avant que celui-ci n’ait tué son ancien ennemi mais désormais BFF Apollo Creed) que par ces scènes de, de… quoi, déjà ? Appelons ça de retour à la nature. Pendant qu’Ivan Drago était branché de partout et faisait des tests sur des machines électroniques, ce bon vieux Rocky allait couper des troncs et faisait des pompes dans la neige pour garder la forme. Ici, c’est pareil : quand il a tout perdu (sa famille, ses amis, sa maison,…), Tony Stark est parachuté dans un bled paumé du Tennessee et doit repartir de zéro. Plus que Rocky 4 en lui-même, c’est une habitude hollywoodienne assez agaçante qu’Iron Man 3 reprend ici à son compte : pour nous montrer que Tony Stark est VRAIMENT au bout du rouleau, émotionnellement et psychologiquement, on se sent obligé de le montrer littéralement au plus mal en… l’envoyant chez les bouseux. Vous savez, ceux chez qui, la vie est plus simple, loin des tumultes de la ville et chez qui il pourra se reconstruire. Hier, dans Rocky 4, donc, on célébrait la robustesse des bons Américains (les mangeurs de apple pie et tutti quanti…) face aux dangers du progrès à la soviétique. Ici, pas sur que ça veuille dire la même chose, mais on ne le saura jamais vraiment, puisque le film est de toute façon trop rigolard (cf. la montre Dora l’exploratrice) pour assumer jusqu’au bout son choix, aussi crétin soit-il. En tout cas, on imagine bien les scénaristes se fendre la poire de leurs bêtises, sur l’air du « plus c’est gros, mieux ça passe ». Eux-mêmes le feront dire à l’un de leurs personnages (le savant fou Aldrich Killian) à propos de Thor : « La subtilité n’est plus de mise depuis que cet autre type a débarqué sur Terre avec son marteau ». Sans blague.
Rocky 4 ? Maman j’ai raté l’avion ? Non : Iron Man 3

Rocky 4 ? Maman j’ai raté l’avion ? Non : Iron Man 3

  • RoboCop : L’image n’aura duré qu’une poignée de secondes, mais elle est bel et bien là : lors de sa première apparition, sur un écran de télévision, Iron Patriot, l’alter ego en armure de James Rhodes, est accompagné du vice président Rodriguez. Ce dernier est interprété par Miguel Ferrer, celui là même qui, en 1987, incarnait Bob Morton, créateur du Robocop. La mission des deux robots est la même (les fameuses directives prioritaires, reflet d’une certaine justice à l’américaine à laquelle, quoiqu’il arrive, on n’échappe pas) et la trilogie de l’Homme de Fer partage des thèmes avec celle de son illustre prédécesseur : l’homme dans la machine, qui est-il, comment interagit-il, précisément avec cette machine, et existe par lui-même. Des thématiques (parmi tant d’autres…) exploitées avec profondeur dans le film de Paul Verhoeven et qui en font encore aujourd’hui un classique, mais aussi de manière plus light dans la trilogie Iron Man (on est aussi là pour vendre du pop-corn).  Ce qui fait la différence entre les deux films ? La patte et l’ironie d’un Verhoeven, sans doute. La présence de Miguel Ferrer, quant à elle, témoigne également d’un recyclage permanent des 80’s comme idée de casting : hier, quant il réinterprétait le polar, Black réhabilitait le camé Robert Downey Jr., osait faire de Val Kilmer un détective homo (nommé Gay Perry, ça ne s’invente pas) et confiait le rôle du méchant à Corbin Bernsen (La loi de Los Angeles). Aujourd’hui, pour son grand assaut sur le film de super héros (un autre film de genre, donc), il fait de William Sadler (58 minutes pour vivre) et de Miguel Ferrer son président et son vice président des Etats-Unis.
  • Elémentaire, mon cher Lock Holmes : Considérez cela comme une cerise sur le gâteau. Critiqué par les uns, encensé par les autres, Iron Man 3 l’aura probablement été pour la même raison dans les deux cas : son virage narratif révélant que le méchant principal du film, Le Mandarin (interprété par Ben Kingsley) n’est en fait qu’un cabotin théâtreux chargé de faire diversion du vrai méchant de l’histoire, Aldrich Killian, interprété par Guy Pearce. Si le twist dit de « l’homme de paille » n’est pas nouveau (le piteux Fast and Furious 4, sorti en 2010, y avait lui aussi recours, pour ne citer qu’un exemple), on peut penser à cette aventure de Sherlock Holmes un peu oubliée, sortie en 1988, et dont le héros était le docteur Watson, véritable éminence grise du duo, chargé d’engager un acteur de seconde zone pour jouer le rôle de sa création, Sherlock Holmes, au risque de ne pas être pris au sérieux. Et si on en parle ici, c’est parce que le bon Watson était incarné par Ben Kingsley et Holmes par Michael Caine,  lequel eut un regain de popularité au milieu des années 2000 grâce à…des films de super héros, la trilogie du Dark Knight de Chris Nolan. Et puisqu’on y est, ajoutons que le plus récent interprète du résident du 221B Baker Street au cinéma n’est autre que Robert Downey Jr. On peut dire que la boucle est bouclée.
Sherlock Holmes ? Le Mandarin ? Les deux mon capitaine ! Et c’est le génial Ben Kingsley qui s’y colle (cet homme a aussi joué Gandhi et Georges Méliès)

Sherlock Holmes ? Le Mandarin ? Les deux mon capitaine ! Et c’est le génial Ben Kingsley qui s’y colle (cet homme a aussi joué Gandhi et Georges Méliès)

Robin Berthelot 

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