Human Target (1999)

La question de la multiplicité de l’identité et du masque est un thème passionnant et fort propice à foule d’intrigues tortueuses et de rebondissements étonnants, à l’image du théâtre de Marivaux où…ah, on me signale dans l’oreillette que l’étudiant en lettres devrait fermer sa gueule. En 1999, DC relance par le biais de son label Vertigo le personnage de Christopher Chance, alias Human Target (créé par Len Wein et Carmine Infantino) dans une mini en quatre parties écrite par Peter Milligan et dessinée par Edvin Biukovic.


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Christopher Chance est un personnage atypique : spécialiste du déguisement et du combat, il revêt l’identité de ses clients menacés et attire ainsi sur lui les dangers auxquels ces derniers sont exposés : le personnage constitue donc un leurre vivant, d’où son pseudonyme de Human Target, « la cible humain ».

Situant l’action de sa mini à Los Angeles où Chance vit désormais, Milligan nous présente le personnage dans une situation ambiguë de semi-retraite dont il sera tiré par divers événements qui se mettent en place progressivement, ayant toujours pour toile de fond la lutte d’un révérend contre la criminalité organisée qui gangrène son quartier. Le scénario, particulièrement plaisant à suivre, fait basculer le lecteur entre phases d’action très rythmées et évolution psychologique de personnages jamais manichéens, à la grande force de caractère, le tout accompagné d’une intéressante réflexion sur la question de la recherche de l’identité qui verse dans la folie schizophrénique (d’où la merveilleuse accroche de cette critique !). Le lecteur se prend à douter de qui se cache, à plusieurs reprises, derrière telle identité, trompé par des rebondissements bien amenés (notamment dans le cas du premier cliffhanger). Milligan apporte à la fois au lecteur action et mystère du travestissement dans une histoire originale et jamais ennuyante : le contrat est rempli. ht 2

Aux dessins, on retrouve l’artiste croate Edvin Biukovic (qui a travaillé notamment sur des minis Star Wars ou sur Grendel Tales), avec un trait réaliste, qui donne beaucoup de caractères tant à chacun des personnages que l’on distingue aisément qu’à la ville de L.A., très bien retranscrite dans ses contrastes (hôtel de luxe, banlieue plus pavillonnaire, ghetto noir, l’église…). Le trait est assez léché grâce à un recours important à la courbe qui dynamise l’ensemble. Le travail de Lee Loughridge comme coloriste soutient à merveille le trait, notamment en proposant grâce à un choix de couleurs assez vives un jeu sur les éclairages tout à fait sympathique à regarder.

La mini Human Target de 1999 constitue donc une excellente mini, partagée avec brio entre enquête intelligente et action débridée, et à la valeur ajoutée garantie par le jeu de masque qui opère perpétuellement au cours de la lecture. Milligan propose, grâce à cette mini à la saveur de polar, une histoire passionnante qui se suffit à elle-même mais qui peut également être considérée comme une bonne introduction au run qu’il débutera plus tard, en 2003.

Simon

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