Les super-héros en 2016 : un combat idéologique

Batman VS Superman, Captain America Civil War, et même la saison 2 de Daredevil, cette année les super-héros affrontent une nouvelle menace, une menace interne qui les amènent sur un champ de bataille inédit, des luttes fraternelles entre pairs , un combat idéologique. Désormais il ne s’agit plus de battre le grand méchant, la question est de savoir comment combattre ces menaces ? Les super-héros sont questionnés, remis en question, élevés au rang de dieux ou bien haï par le public. En cette année 2016, les super-héros au cinéma et à la télévision sont menacés par leur propre pouvoirs et par leur capacité à les utiliser correctement et pour le bien de ceux qu’ils défendent. Mais pourquoi une telle remise en question ?

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Le 18 mars prochain sortira sur Netflix la saison de la série Daredevil renouvelée après une première saison quasi-parfaite. Là où la première saison brouillait déjà les pistes en nous présentant un Caïd touchant et humain malgré ses excès de violence et qui parfois volait la vedette au justicier aveugle, la saison 2 pousse cette démarche encore plus loin. Dans cette prochaine saison Daredevil se verra affronter le Punisher, un autre justicier dont les méthodes plus qu’expéditives ne sont pas en adéquation avec l’idéal de justice auquel Matt Murdock croit. Pourtant leur volonté est la même , se débarrasser de la criminalité qui maintient la ville dans la peur , mais un super-héros a un code d’honneur et tuer n’en fait pas partie.

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Quelques jours plus tard sortira au cinéma Batman Vs Superman qui nous propose cette fois-ci et pour la première fois dans l’histoire du cinéma et comme le titre du film l’indique , l’affrontement entre deux légendes du comics. Ici le versus est clairement assumé et annoncé et  le questionnement  sur la façon de faire le bien est présent mais aussi et surtout celui de la gestion des pouvoirs, surtout lorsque ceux-ci sont illimités. Batman remet en question la manière qu’a Superman d’agir en super-héros, avec comme preuve la destruction massive qu’il a provoqué à Metropolis( c’est d’ailleurs de là que vient sa rancœur après la perte d’un proche) mais surtout il se demande si Superman restera toujours un super-héros, et si en se retournant contre l’humanité, il ne pourrait pas l’anéantir.

 

Enfin Captain America : Civil War fonctionne aussi sur une thématique similaire, et voit ici s’affronter deux camps de super-héros qui s’allient selon leurs intérêts communs et la vision qu’ils ont de ce que doit être un super-héros. D’un coté , Tony Stark soutient un projet de loi qui vise à ce que les super-héros travaillent désormais pour le gouvernement et sois supervisés , il semble aussi vouloir arrêter Bucky Barnes pour les crimes qu’il a commis lorsqu’il était le soldat de l’hiver. De l’autre Captain America défend la liberté d’action des super-héros et protège son ami de toujours. Le revirement de Tony Stark est intéressant et logique selon la progression du personnage, depuis la fin d’Avengers où il est le seul à avoir le danger que courait la Terre, il cherche à la protéger et cela  à n’importe quel prix, quitte à créer Ultron par exemple. Captain America lui se méfie du gouvernement depuis The Winter Soldier.

 

Alors pourquoi tous ces affrontements ? Déjà pour ce qui est de Captain America : Civil War c’est une conséquence logique d’un univers partagé au cinéma, à savoir pouvoir adapter ce genre de récit où plusieurs super-héros s’affrontent, il y a désormais suffisamment de personnages pour   adapter Civil War au cinéma, ce qui est une véritable aubaine pour le studio étant donné la célébrité de ce comics. Mais cette tendance ne ferait pas aussi état d’une certaine lassitude face au schéma narratif classique du bon et du méchant, le genre super-héroique ( dont on annonce la fin chaque année ) a tout de même besoin de se renouveler et varier la formule est une bonne solution pour ça .

Pour Batman Vs Superman c’est aussi évidemment une manière originale de justifier le retour de Batman au cinéma alors que le dernier film du chevalier noir est sorti en 2011, en proposant un spectacle encore jamais vu au cinéma. L’opposition entre ces deux héros est pourtant d’une logique absolue, le chevalier noir contre le super-héros parfait sans peur et sans reproche, le boy-scout contre le justicier torturé,. Rien que du point de vue de ce que représente intrinsèquement chacun des héros cet affrontement tient la route et sera primordial pour la suite de l’avenir de DC Comics au cinéma.

Cette tendance s’explique aussi par la volonté de questionner ces icônes et de les inscrire dans un contexte réel et réaliste, en les confrontant notamment à ce qu’il y à de plus tangible dans notre monde à savoir, la loi, c’est pourquoi on retrouve Superman dans un tribunal , moyen au combien pragmatique pour lui de répondre de ses actes devant l’humanité. Ces films posent des questions telles que : que se passerait t-il si des super-héros débarquaient dans notre monde réel ? Seraient-ils bien accueillis ? Aurions-nous peur d’eux ? Désormais  ils doivent justifier leurs actes. Il est loin le temps du Superman de Richard Donner où le  statut de super-héros n’était jamais remis en question.

 

Certes cela n’est pas très neuf si l’on y réfléchit bien,le statut de super-héros dans les films  Spiderman de Sam Raimi est constamment remise en question par J.Jonah Jameson mais cela est traité de manière humoristique et sans grand enjeux sur des intrigues surtout intimistes. Et le combat idéologique est déjà présent depuis le premier film X-men avec les personnages de Xavier et de Magnéto ( affrontement qui trouvera d’ailleurs son apogée et sa fin cette année dans X-men Apocalypse). Mais ici ces questions semblent contaminer presque toutes les production super-héroïques, que ce soit avec Deadpool antihéros par excellence ou bien la Suicide Squad qui voit des anciens méchants tenter à leur tour de sauver le monde.

Alors qu’au Etats-Unis cette année se déroulera une élection présidentielle cruciale , il n’est pas anodin de constater qu’à l’heure  où   les américains se demandent a qui vont-ils livrer les clés de leur pays et de leur liberté , au cinéma on se demande aussi à qui et selon quelles conditions on donne à des super-héros  le droit de protéger le monde ? De même il n’est pas interdit de voir en Tony Stark , milliardaire excentrique et accessoirement super-héros , une prise de pouvoir par le capital de la protection du pays et du monde, lui qui dans Iron Man 2 voulait privatiser la paix mondiale. A partir de là Steve Roger alias Captain America simple garçon des rues ( dans Captain America First Avenger où l’on nous montre lors d’une poursuite avec un espion, qu’il connaît tous les raccourcis du quartier, idée géniale de mise en scène pour définir le personnage )  apparaît comme plus proche du peuple et de leurs considérations , lui qui dans Captain America The Winter Soldier s’est battu contre une  résurgence du Patriot Act.

 

 

Au final cette tendance, qu’elle soit motivée par des raisons commerciales où artistiques pose une question fondamentale et légitime à l’heure où les films de super-héros existent depuis maintenant quinze ans au cinéma, et où comme tout genre cinématographique arrivée à un certain point de son évolution , il se doit de se questionner et par la même occasion de questionner ses propres icônes et de se demander : qu’est ce qui définit un super-héros ? 

 

 

 

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