Batman V Superman : l’aube de l’injustice

A la base voulue comme une simple critique du film de Zach Snyder sorti tout juste hier, cet article, en raison de l’accueil injuste réservé au film, fera plutôt office de réquisitoire envers un genre qui à force de ne pas saluer les prises de risques finira par se tirer une balle dans le pied.  En effet depuis hier, le film fait l’état  d’un bouche à oreille désastreux, pire ,certains le comparent même à des échecs aussi monumentaux que Green Lantern . Mais cette idée que DC Comics ne puisse pas former son univers au cinéma état déjà présente dans l’air avant la sortie du film. La faute à des bandes annonces qui certes, semblaient nous vendre un film différent à chaque fois. C’est pourquoi j’ai moi même attendu de pied ( très ) ferme ce film avec néanmoins beaucoup de fébrilité et d’appréhension.

 

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Alors qu’en est-il du film ? Ce film qui en un film devait poser les bases d’un tout nouvel univers super-héroïque . Ce film qui pour cela fait suite à un Man of Steel dont l’accueil fut lui aussi mitigé. Ce film dont les choix de castings ont sans cesse été discutés et critiqués. Et bien ce film s’en sort très bien. La principale qualité du film est son pari réussi de mêler deux éléments pour le moins antinomiques à savoir la dimension mythologique des super-héros DC Comics et un traitement réaliste de l’autre. Un pari réussi dès la scène d’ouverture où à travers le regard d’un Bruce Wayne impuissant on assiste à la destruction de masse de la  fin de Man of Steel. C’est à travers ce regard humain que l’on traverse ce film et ses icones, partagé entre de l’admiration et de la crainte.

 

Cependant même si on partage la vision de Bruce Wayne ,ce dernier n’est pas exempt de défauts, car dans ce film Snyder met bien le statut de super-héros en crise, et ça de manière totale . D’un Superman dont les interventions sont systématiquement problématiques et qui le condamnent donc à l’inaction, paradoxal pour le super-héros capable de tout. Et un Batman dont la violence , la fureur et l’aveuglement dérange et empêche d’adhérer totalement avec ses interventions. Et là on se souvient qu’il s’agît du réalisateur de Watchmen aux commandes et que mêmes si ces thématiques ( ainsi que les références bibliques et mythologiques ) sont appuyées lourdement elles ont au moins le mérite d’exister et de problématiser la figure du super-héros. Et oser faire ça au beau milieu d’un film introductif  ,c’est couillu.

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Enfin visuellement, que ce sois lors des apparitions christiques de Superman ( à la fête des morts au Mexique notamment) ou lors de la première apparition de Batman absolument terrifiante et animale ( c’est bien simple il n’a jamais fait aussi peur). Ou bien lors d’une fameuse scène cauchemardesque  qui présente un futur post -apocalyptique ( évoquant au passage Superman Red Son et La tour de Babel) qui constitue une audace aussi visuelle que narrative. Enfin Batman n’aura jamais été aussi puissant au cinéma que lorsqu’il affronte une quinzaine de malfrats dans la scène finale. Forcé de constater qu’il y a plus de cinéma dans ce film que dans tout le Marvel Cinematic Universe. Que l’on aime ou pas le style de Snyder, dont je ne suis même pas un partisan. Mais ici l’enjeu dépasse le film en lui-même.

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Car Batman V Superman est à ce jour le seul film qui propose une alternative à l’ogre Disney, et le studio Warner est le dernier a privilégier la créativité au sein de ses productions. En faisant notamment totalement confiance à des réalisateurs et en leur laissant une liberté presque totale. L’antithèse de Disney donc. Surtout le studio offre toujours un spectacle exigeant , toujours enclin à prendre des risques et à ne pas suivre les modes ou à se contraindre a de simples études de marché. Si ce film est un échec , ce ne sera pas seulement la défaite de la Warner , mais d’une façon de penser les blockbusters autrement que celle qui consiste à faires des blagues toutes les 5 minutes afin d’anticiper le cynisme du spectateur.

 

Et c’est là que le bas blesse, car il semble désormais impossible pour le public d’accepter un univers super-héroïque sans poser une distance avec ce même univers. Impossible alors d’avoir de l’empathie et de poser de véritables enjeux émotionnels , ce qui explique pourquoi aucun film Marvel Studios n’est émouvant. Ces films ont rendu le spectateur cynique et ont détruit sa suspension d’incrédulité et c’est pourtant en ces temps troublés ce que le public devrait réactiver en lui afin de croire à nouveau en des mythes fondateurs et ne pas s’enliser dans un posture cynique et au final individualiste.

 

Alors si vous êtes fan des blagues de cul de Deadpool, des vannes sur un Captain America qui ne veut pas de gros mots dans son équipe, des affrontements homériques qui se terminent sur le parking d’un aéroport et de films aussi lisses et impersonnels qu’une armée de clones , pas de soucis pour vous , si Batman V Superman ne marche pas, tous les blockbusters se ressembleront. Mais si comme moi vous êtes nostalgique du temps où l’on confiait les films de super-héros à de vrais metteurs en scènes comme Sam Raimi , Brad Bird, Guillermo Del Toro ou encore Matthew Vaughn, alors soutenez ce film car c’est peut être notre dernière chance d’avoir des films de super-héros créatifs et audacieux que l’on approuve ou pas le parti pris du réalisateur.

Evidemment Batman V Superman n’est pas exempt de défaut  loin de là , pour ma part j’ai regretté le jeu cabotin de Jesse Eisenberg, ou encore certains aspects de l’univers de Batman mal traités comme l’icônisation de Gotham inexistante ou encore sa propension à utiliser des armes à feu. Enfin l’apparition d’Aquaman est assez maladroite pour ne pas dire ridicule et les nombreuses coupes se font ressentir dans l’intrigue parfois jonchée de trous .Et je n’aurais pas défendu ce film avec autant d’ardeur si je ne trouvais pas sa réception injuste, on assiste ici à un  » DC Bashing  » , et je me demande bien comment peut on reprocher à un film de prendre des risques.  MAIS si Zach Snyder n’est pas Sam Raimi ou Brad Bird on est d’accord c’est au moins un réalisateur avec un point de  vue, et c’est malheureusement tout ce qui nous reste pour enrayer la machine Marvel Studios. Que l’on soit bien d’accord, je ne serais pas aussi sévère avec Marvel si sa façon de concevoir les films ne gangrénait pas tout Hollywood où les blockbusters exigeants semblent avoir déjà un pied dans la tombe.

 

 

 

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