That’s Because You’re a Robot #1 (one-shot)

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un de ces trucs qu’on achète on peut sans trop savoir pourquoi, après avoir trouvé l’unique exemplaire restant qui traîne au fond d’un bac « news indé de la semaine » à moitié miteux, au milieu de comics MLP et autres joyeusetés. En l’occurrence, je me suis retrouvé nez à nez avec une cover au style pulps tellement ostentatoire qu’il en devient presque racoleur, avec en portrait LE flic du futur cliché et ce titre pour le moins hors norme That’s Because You’re a Robot. Il va sans dire que je l’ai acheté sur le champ.

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Mais concrètement, que se cache-t-il derrière ce titre aussi long qu’énigmatique ? Thats’s Because You’re a Robot (je me lasse pas de l’écrire) est un one-shot sorti chez Image aujourd’hui, scénarisé par David Quantick, journaliste, critique culturel et auteur de son état, et dessiné par Shaky Kane, un artiste régulier de 2000 A.D. et de ses productions dérivées. Dans ce numéro, qui emprunte ses codes tout aussi bien à Judge Dredd et à la pop culture qu’aux règles du cinéma policier des années 80/90, le lecteur retrouve Matt et Jeff, deux flics bossant dans une Los Angeles futuriste et psychédélique, convoqués chez leur gros commissaire afro-américain (évidemment) pour une révélation plutôt étonnante : « Jeff – Matt, I’ll keep this simple. One of you is a real human cop, and one of you is a robot, only we don’t know which is which ». S’ensuivront tout au long de l’issue, entre nos deux protagonistes, de nombreux débats humoristiques visant à découvrir l’identité du robot, chaque parole imprudente prononcée par l’un appelant immédiatement chez l’autre la sentence qui donne son titre à l’issue : c’est parce que t’es un robot. Toutefois, le crime ne dort jamais, même dans une Los Angeles Mega-city One sous acides bariolée de pubs pop art outrageusement grandes, et nos deux buddies vont rapidement se retrouver pris dans une intrigue policière qui mêle allègrement codes du film policier (le complot qui monte au sommet, la mise à l’écart de nos héros, les agents undercover aux objectifs douteux…etc), violence débridée typique du style 2000 A.D., très présent malgré la publication du titre par Image, ou encore mise en scène du comics de super-héro de team, particulièrement du silver age. La construction du numéro est toutefois assez déconstruite et, finalement, peut-être un peu vaine, bien que l’humour et l’esthétique très particuliers du numéro justifient, à mon sens, à eux seuls l’achat. L’identité du robot apporte un certain suspens comique qui se prolonge jusqu’à la dernière page, qui pourra toutefois surprendre ou décevoir.tbyr 3

Aux dessins, c’est un véritable régal de retrouver le fameux Shaky 2000 et son trait si spécifique, une sorte d’hommage à Kirby et au silver age qui transite par le psychédélisme. Le rendu de la ville est superbe, oppressant, outrancier en tout. La plupart des vues de la rue présentent ainsi des plans absolument surchargés, écrasés ici par des voitures aux proportions bien trop importantes, étouffés là par les symboles envahissant d’une Amérique post-industrielle et consumériste, Coca-Cola et Chevrolet en tête, peuplés de traîne-savates étranges au look de clochards cyber-punk…Les symboles se font ainsi nombreux et détournés à visée polémique et humoristique à la fois : ainsi, l’aigle américain au regard dur et fier préfigure l’aspect autoritariste de la police, les dernières phases du complot se déroulent sous des panneaux alignant les symboles maçonniques ou illuminati. D’autres références à la pop culture et aux comics se retrouvent tout au long du numéro, et je ne peux m’empêcher de penser par exemple à la vision du panneau avec un tyrannosaure rouge, qui évoque assez directement le Devil Dinosaur du king Kirby. Ajoutez à cela des poursuites et des fusillades dynamiques dans le plus pur style FREEZE CREEP ! du juge Dredd et on obtient un véritable bijou d’esthétisme, entre un dessin 60s et du Evan Dorkin. La coloration, quant à elle, est extrêmement typée pulps, avec une palette de couleurs réduite mais toute très intenses et différenciées les unes des autres. Mention spéciale au passage de l’appartement avec les flics infiltrés qui, personnellement, me fait beaucoup penser à l’excellent travail de Higgins sur Watchmen.tbyr 2

En résumé, That’s Because You’re a Robot est une excellente lecture pour ma part qui, si elle n’a rien de particulièrement fou à (dé)montrer (mais on s’en branle un peu au fait), est brillante dans sa capacité à mêler différentes influences pop. Un plaisir d’esthète essentiellement donc, qui ne plaira pas à tout le monde, et certainement pas à ceux que les deux grandes époques évoquées en filigrane dans les bouquin (les années 60 et les années 80) laissent indifférent. Une lecture exigeante, mais oh combien gratifiante pour les lecteurs sensibles à cette esthétique.

Simon

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