Thor: The Dark World , la critique

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Alors que DC Comics vend chacun de ses films comme un événement tonitruant, force et fracas compris (on se souvient de Man of Steel), Marvel Studios/Disney semble désormais concevoir les siens moins que comme un blockbuster incontournable que comme le nouvel avatar d’une (longue) série, dans un esprit proche de celui de la télévision.

Cette méthode résolument inédite, il est vrai encouragée par le succès sans précédent ou presque d’Avengers (le troisième plus gros succès de tous les temps à l’heure où on écrit ces lignes) doit autant à la précision métronomique avec laquelle le studio sort ses films (ce Thor : Le Monde des Ténèbres prend la suite d’Iron Man 3, sorti en mai et l’on attend le prochain Captain America pour le mois de mars) qu’à une présence multimédias hégémonique (le Marvel Cinematic Universe – c’est son nom – se décline désormais également à la télévision avec la série dérivée Agents of SHIELD). Dans un tel contexte, peu étonnant de voir donc apparaître derrière la caméra de ce Thor nouveau le nom d’Alan Taylor, réalisateur relativement novice au cinéma mais téléaste chevronné (on lui doit toute une flopée d’épisodes des Sopranos, de Sex and the City et – ce n’est pas un hasard – du Trône de Fer), et deuxième transfuge du petit écran engagé par Marvel Studios après Joss Whedon. Vu comme ça, impossible de ne pas penser à la série d’HBO, laquelle a largement contribué à faire rentrer l’heroic fantasy filmée dans son âge adulte, 10 ans après le Seigneur des Anneaux.

On salue ici le travail admirable des pirates chinois qui ont tout compris à l'art de vendre des films

On salue ici le travail admirable des pirates chinois qui ont tout compris à l’art de vendre des DVD

Et ce n’est pas le seul nom qui vient en tête : la première heure de métrage, lourde et explicative (voix off sentencieuse de Sir Anthony Hopkins incluse) ressemble à un mix maladroit de ce Game of Thrones et d’un Star Trek période JJ Abrams (lui-même largement influencé par la trilogie Batman de Christopher Nolan) qui se serait perdu en Terre du Milieu. L’impression est renforcée par un méchant transparent, pourtant interprété par le talentueux Christopher Eccleston (Doctor Who) à qui l’on a visiblement interdit de rejouer autre chose que son méchant masqué de GI Joe.

Pourtant, il serait injuste de réduire le film à un vulgaire mashup, piochant à droite à gauche et des différences, bien réelles, existent. Un exemple : dans l’une des scènes du film, Thor et son père Odin, discutent de la récente attaque menée par Malekith le Maudit (Eccleston) et de son armée ainsi que des probables conséquences que cela engendrera – en gros, tout cela va finir sur le champ de bataille. La scène qui précède, destruction de tout un monde, rappelle trait pour trait le début du récent Star Trek Into Darkness. A une divergence près : chez Abrams (comme chez beaucoup d’autres actuellement, d’ailleurs), le tout est sentencieux, apocalyptique, pseudo-crépusculaire. Thor dégoupille volontairement cet effet tendance pour rebondir sur une scène d’évasion en équipe à la Mission : Impossible – la série, pas les films avec Tom Cruise, si ce n’est à la rigueur le dernier volet, Protocole Fantôme. Ce rebondissement tient en réalité moins de la pirouette scénaristique que d’une profession de foi créative de la part de Marvel : ici, et contrairement à la (distinguée ?) concurrence, on est aussi là pour s’amuser. Dont acte : le tout est fun, frais, kitsch, parfaitement inconséquent, mais parfois traversée d’éclairs (sans mauvais jeux de mots) d’inventivité, et rehaussé par une interprétation majoritairement convaincante – Chris Hemsworth et Tom Hiddleston sont impeccables, et plus en phase avec leurs personnages que dans le premier film.

Christopher "Doctor Who" Eccleston interprête ici Malekith, l'Elfe Noir

Christopher « Doctor Who » Eccleston interprête ici Malekith, l’Elfe Noir

La réalisation de Taylor est à cette image : aérienne, légère, beaucoup plus que chez son prédécesseur, le très shakespearien Kenneth Branagh. A vrai dire, on serait par moments tenté de décrire la facture de l’ensemble comme télévisuelle, mais pas sûr que désormais le terme veuille réellement dire quelque chose : précisément, des séries comme Les Sopranos ou Sur écoute ont contribué à estomper la frontière existant entre le petit, le grand écran et leurs scories respectives.  Plus que le format de la série télévisée évoquée plus haut, c’est désormais à une anthologie que l’univers cinématographique Marvel s’apparente : un ensemble capable de faire cohabiter de façon (à peu près) cohérente le néo-noir (Iron Man 3), l’heroic fantasy new age (ce Monde des Ténèbres) et un récit steampunk proche d’un Rocketeer (Captain America – First Avenger), même si l’impression de fourre-tout commercial n’est jamais loin. Le cas de la scène post-générique du film, par exemple, dotée d’un Benicio del Toro haut en couleurs, est assez criant : elle cohabite mal avec le reste du film (ne serait-ce que visuellement) et ne sert pas à grand-chose (elle a été désavouée du bout des lèvres par Alan Taylor lui-même) si ce n’est rappeler les intentions premières, purement mercantiles, de la franchise : dans ce cas-ci, préparer le public au débarquement prochain des Gardiens de la Galaxie, cousins cosmiques des Vengeurs.

On en reparle l’été prochain ? Même pas : l’univers cinématographique Marvel, on l’a dit, se décline aussi à la télévision dans Agents of SHIELD. Rassurez-nous : dans les 5 prochaines années, vous n’aviez pas prévu échapper à Marvel Studios?

Robin Berthelot 

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