Youpi c’est la rentrée !

Dr Strange #1

On enchaîne maintenant avec la reprise d’une série solo Doctor Strange qui, dernièrement, apparaissait essentiellement dans le Marvel verse comme l’un des personnages principaux des exceptionnels New Avengers de Hickman. J’admets avoir été plutôt dubitatif à l’annonce de cette série, et ce pour plusieurs raisons : d’abord parce que le personnage, pris hors d’un rôle de support character pour des héros plus vendeurs, a souvent été maltraité dans son écriture, ne montrant ça et là que de rares bonnes séries, à l’image de celle très psychédélique des années 60 ; ensuite, à cause de son équipe créative qui, bien que composée de deux grands noms, puisqu’elle réunit Jason Aaron à l’écriture et Chris Bachalo aux dessins et à la coloration, n’a pas toujours participé aux choix les plus heureux de chez Marvel récemment. Malgré tout, dans un paysage de relatif marasme au niveau des séries magiques en mainstream tant l’univers Dark de chez DC est plombé ces temps-ci, Marvel a-t-il un coup à jouer avec cette nouvelle Dr Strange ? On vous débriefe tout ça.

Il convient de remarquer avant toute autre chose que, dans cette série, l’auteur de Thors nous éloigne des grandes préoccupations métaphysiques sur le sort du monde qui caractérisaient récemment le personnage pour le resituer en plein dans son activité de « héros du quartier » : on suit ainsi Stephen, au cours de l’issue, effectuer des exorcismes au service des habitants de Greenwich Village, entre deux pintes partagées avec ses potes sorciers dans un bar magique planqué au milieu de New York, tandis que vient se profiler derrière tout ça une mystérieuse menace émergeant d’un étrange et lointain pan de réalité. On en revient finalement très vite, face à cette version rajeunie et presque burlesque du magicien qui y va à la hache pour finir les monstres qui l’assaillent, à la question que j’avais évoquée en préambule à mon avis sur Amazing. Du point de vue de la caractérisation traditionnelle du personnage, cette issue que je juge en elle-même bourrée de bonnes idées pose problème : Stephen apparaît jeune, intrépide, rentre-dedans avec les femmes, nonchalant, en somme le traitement du personnage le rend « cool », ce qui entre en contradiction avec son statut de sorcier suprême. Malgré tout, c’est d’un autre côté une réellement bonne lecture, qui passerait presque pour une version soft de la bonne époque de Hellblazer, avec des phases d’action efficaces et quelques gags légers mais bienvenus qui confèrent au tout une unité satisfaisante et distrayante. L’esthétique traditionnelle du Docteur est présente, dépoussiérée, et Aaron se paye même le luxe de quelques très bon morceaux d’écriture, comme lors d’une phase où il crée le principe de l’acarien métaphysique. C’est amusant, rythmé, bien écrit, on a envie rendu à la fin d’en avoir plus.

Doctor Strange (2015-) 001-016

C’est Bachalo qui, je l’ai dit, se charge de l’ensemble de l’identité graphique de l’issue, d’autant plus qu’il la colore lui-même. Je dois bien dire que c’est un dessinateur qui m’a toujours pas mal repoussé, que ce soit sur Spider-man avec ses symbiotes à langues de saucisse ou sur les X avec son Magnéto cancéreux et ses cuckoos à peine esquissées. Encore une fois, il faut le dire tout net, il y a un très gros souci avec les visages. J’ai évoqué à l’instant Amazing, et il est parfaitement ridicule de constater qu’il croque son Strange de la même manière qu’il figurait Peter, en y ajoutant simplement une pilosité faciale plutôt ridicule qui fait plus ressembler le personnage à un hipster du Marais qu’à la plus haute autorité magique du monde. Bon. La composition est quant à elle moyenne mais meilleure qu’à l’ordinaire, dans le sens où si l’on trouve encore des scènes à la limite de la lisibilité, comme c’est le cas durant le brouillon combat mental qui ouvre l’issue, l’ensemble s’en tire honorablement et se paye même à l’occasion un ou deux morceaux de bravoure. On saluera finalement un très bon travail de coloriste sur le numéro, qui parvient à varier les teintes suivant l’ambiance des scènes qu’il représente avec une grande efficacité, et qui se paye même le luxe d’offrir une superbe séquence graphique rappelant la détection des aliens dans le dessin animé Men in black au cours de laquelle on voit, grâce au troisième œil du docteur, les éléments magiques présents dans notre univers peint ici en blanc qui se détache. Une grosse réussite.

Le numéro 1 de cette nouvelle série Dr Strange constitue somme toute une très bonne surprise pour ma part. A l’image de ce qu’il avait su faire sur le personnage de Thor, Aaron insuffle des idées nouvelles pour le traitement d’un héros qui, malgré la remarquable utilisation qu’Hickman en avait fait en équipe, avait tendance à prendre un peu la poussière. Les plus conservateurs d’entre vous n’apprécieront probablement pas ce changement d’attitude chez un Stephen plus affirmé, je ne saurais que trop conseiller aux autres et surtout aux jeunes lecteurs d’y jeter un œil, c’est un départ très prometteur.

 

Partager Share